Les Royaumes Oubliés.
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Chapitre 5 : Let me dream...
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- Alors ?
- Alors rien pour le moment. Merlin n'est pas devenu un grand sorcier en quelques heures.
- Mais il vous a approché de lui même, ce qu'il n'avait jamais fait.
Isa eut un sourire énigmatique.
- Disons que pour le moment, je suis la dame qui lui lance des pommes.
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*"°~> Domaine Liberté, minuit. <~°"*
- Ouvrez-moi ça.
Neuf hommes incantèrent de concert. Sous la puissance des coups jugulée, le grand portail de fer forgé plia, et un craquement sec se fit entendre. Deux des hommes allèrent pousser sur les battants déformés, et l'instant suivant, le petit groupe pénétra dans le domaine.
Les lumières automatiques illuminèrent le chemin de sable ocre tandis qu'ils remontaient l'allée. D'un geste de la main, l'homme de tête fit se séparer ses acolytes. Droit et fier dans sa longue cape noire, il observait le manoir des Sanada. Il attendait.
Moins de deux minutes plus tard, ses hommes se réunissaient autour de lui. A leurs regards fuyants et coupables, il comprit tout de suite. Visiblement, elles étaient parties. Pas étonnant. Elles avaient dû avoir vent de son arrivée, et avaient filé à l'anglaise. Sûrement dans le pays des elfes noirs. Il se doutait de ce qui se passerait ensuite. Il fallait attendre.
Prenant la tête du groupe, il entra dans la maison vide. Ses pas le menèrent à l'étage, et aux six portes de chêne clair. Les deux premières ouvraient sur des chambres impersonnelles. Il ouvrit la porte de la chambre de Narya, et jeta un regard inintéressé à la vaste pièce rouge et or aux décorations équestres. Il observa plus attentivement celle de Jade, dans des tons vert et or, aux consonnances médiévales. Son regard se porta sur les deux chambres restantes. Il ouvrit la porte de Lisa, et fit un pas dans la chambre meublée à l'elfique, nuancée de différents bleus et turquoises, aux meubles d'un noir de jais élégant. Sa main se porta vers un foulard de soie abandonné à une patère, et il alla vers la dernière porte, le doux tissu bleuté dans la main.
Cette fois, il se permit le luxe d'entrer dans la pièce. Silencieux, il glissa entre les meubles de la vaste chambre. Ses yeux écarlates détaillèrent les murs blancs et noirs, sur lesquels s'étalait une jolie collection de tribals dessinés de la couleur opposée au mur avec un style certain. Là, un noir dragon rugissant déployait ses ailes sur un fond d'apocalypse, faisant face à un immense loup blanc hurlant sous une lune pâle. Des miroirs ouvragés éclairaient la pièce avec leur jeu de lumière. Il passa entre un canapé et une table basse d'inspiration japonaise, pour arriver au grand lit à baldaquin d'ébène aux rideaux blancs. Ecartant délicatement le voile fin, il s'assit sur le bord des couvertures de soie blanche décorée de signes noirs. Sa main alla chercher l'oreiller moelleux, et le porta à son visage.
Lentement, avec délectation, il inspira l'odeur de la jeune femme rousse qui avait dormi de nombreuses nuits ici. Il reposa l'oreiller, ne gardant que le tissu qui l'avait recouvert en le dégageant avec précaution.
Alors, comme s'il sentait sa présence, il se tourna vers le mur et sourit à la panthère qui dardait son regard flamboyant sur lui.
- Bientôt, Isabelle... Bientôt.
A des milliers de kilomètres de là, Isa cria.
*"°~> Palais de Rougemuraille, chambres royales, minuit une. <~°"*
- NON !
Isa se redressa d'un bond dans son lit. Empêtrée dans les draps trempés, le corps en sueur, elle jeta fébrilement un regard dans la chambre. La brûlure du regard de sang lui incendiait encore la peau, et elle étouffait, écrasée par la noirceur de la nuit, la présence de son cauchemard. Elle hoqueta, et se prit la tête dans les mains, éclatant en sanglots angoissés. Des larmes de terreur roulant sur ses joues pâles, elle se recroquevilla sur elle même, cherchant la chaleur et la sécurité là où elle n'en trouvait plus.
Deux chambres plus loin, Morquendi s'était éveillé en sursaut au cri de la jeune femme. C'est comme s'il l'avait attendu. Sans réfléchir davantage, il se leva, et sans même prendre le temps de passer une tunique, courut vers la chambre de son élève.
Elle ne réagit même pas lorsqu'il ouvrit la porte. L'elfe sentit une douleur dans la poitrine lorsqu'il la vit dans cet état.
Un poumon, peut être...
Il s'approcha du lit, et posa une main légère sur l'épaule tremblante. Isa sursauta, et leva un regard si apeuré, si perdu sur lui que, par pur réflexe, il la prit dans ses bras et la serra contre lui. La jeune femme se pelotonna contre son torse, ses pleurs se calmant doucement alors qu'elle trouvait enfin chaleur et réconfort. Morquendi la décala légèrement, et s'allongea à son côté. Tout en la gardant dans ses bras, il ramena les couvertures sur elle, fredonnant pour son âme tourmentée le chant des elfes, le chant de la vie.
Le soleil, lorsqu'il se leva, trouva l'elfe endormi, serrant toujours dans ses bras son élève qui se raccrochait à lui comme à une bouée de sauvetage.
*"°~> Palais de Rougemuraille, chambre d'Isa, dix heures. <~°"*
Bougeant légèrement dans son demi-sommeil, Isa se blottit confortablement contre l'oreiller chaud. Les draps l'enveloppaient dans une étreinte rassurante, et elle se serra un peu plus contre son oreiller. L'oreiller la berçait tranquillement au rythme de ses respirations, et un léger souffle venait chatouiller sa nuque découverte.
Minute.
[i]Respirations ?!Isa se redressa brusquement, réveillant pour le coup le dit oreiller, qui n'était d'autre que Morquendi Ecthèlyon. Elle resta bouche bée plusieurs secondes, le temps que l'elfe se rende compte également d'où il se trouvait.
Et que, dans le mouvement de la jeune femme, ses propres mains qui étaient auparavant dans son dos avaient glissé légèrement plus bas.
...Valars tout puissants.
Il n'évita la gifle que par un miraculeux hasard.
- ESPECE DE DEGEN-MMF !
Il soupira de soulagement, sa main gauche sur la bouche de son élève et la droite enserrant ses poignets. Dressant l'oreille, il n'entendit aucun mouvement qui suspectait que les cousines avaient entendu le cri de protestation.
Mais comme la jeune femme se débattait furieusement, il la plaqua sur le matelas et s'assit sur ses jambes, ses poignets dans une main, la réduisant toujours au silence de l'autre. Il sourit légèrement.
- Je vous libère les cordes vocales, mais promettez-moi de ne pas hurler votre rage avant d'avoir entendu mon explication.
Isa le regarda longuement, puis finit par acquiescer, acculée. Et curieuse quand même, un peu... L'elfe noir relâcha la pression qu'il exerçait sur la bouche de son élève, et assura sa prise sur ses poignets, profitant un peu de l'occasion pour se pencher vers elle. Il profita de sa surprise pour parler, tranquillement.
- Vous avez cauchemardé, cette nuit. Vous avez hurlé dans votre sommeil, me faisant accourir. J'ai essayé de vous calmer, vous vous êtes jetée dans mes bras comme une noyée à une bouée et je vous ai servi d'oreiller pour le reste de la nuit. Bon gré mal gré, puisque je n'arrivais pas à vous décrocher.
Elle ricana doucement.
- Plutôt bon gré que mal gré, non ?
Il se rapprocha brusquement d'elle, et alors qu'elle se figeait avec une moue surprise, effleura ses lèvres des siennes avec un sourire taquin. Sourire qui s'élargit lorsqu'il sentit un frisson agiter le corps de son élève. L'elfe se pencha vers l'oreille de la jeune femme, et mordilla légèrement le pavillon sensible, lâchant un léger rire lorsqu'il l'entendit inspirer brusquement.
- Vous aimeriez... ? murmura-t-il d'une voix sensuelle.
Puis, aussi brusquement qu'il l'avait immobilisée, il se releva et sortit de la chambre, tout sourire.
*"°~> Ecuries royales, onze heures. <~°"*
Tranquillement allongée au milieu de l'enclos réservé à Narsilion, Isa vaguait dans ses pensées, le regard perdu dans les nuages. Ou dans un regard bleu nuit. Ta gueule la petite voix !
La jeune femme se redressa brusquement, tentant de chasser de son esprit l'image du profond regard, et les sensations du matin même. Son professeur. Un elfe arrogant et inspide qu'elle détestait profondément. Son regard froid. Sa mine hautaine. Ses paroles sévères. Sa voix chaude et sensuelle qui la caressait parfois comme du velours. L'intensité que prenait alors son regard. Son corps fin et musclé, félin et attirant...
Isa s'adressa trois trillions de gifles mentales.
Et merde. Soudain, elle sursauta. Tout à ses pensées, elle n'avait plus prêté attention au cheval qu'elle tentait d'amadouer depuis une bonne semaine à grands renforts de pommes. Inutile de dire que le quart des stocks y était passés et que l'étalon s'était légèrement remplumé.
Bref, devant son nez, Narsilion la reniflait avec curiosité, le museau à deux centimètres de son visage.
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Reine des Laguz Erethildo

